Comprendre le bitcoin et la blockchain #4 : possibilités étendues et défis techniques

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La blockchain, un système de certification

Quelle pourrait être l’idée directrice à tirer de nos précédents articles, qui ont tenté d’expliquer simplement le fonctionnement du bitcoin ?

Qu’en utilisant différentes technologies informatiques, l’inventeur du bitcoin Satoshi Nakamoto a mis au point avec la blockchain un système de certification nouveau et révolutionnaire à bien des égards (décentralisé, désintermédié, etc.).



 

Le bitcoin étant une monnaie destinée à être échangée sur internet, les données gravées dans le marbre de sa blockchain sont des transactions. Parce que si on dispose de l’historique de toutes les transactions jamais passées, on sait à tous moments qui dispose de combien de bitcoin, les comptes sont donc fiables et la monnaie sûre.

Mais maintenant, pourquoi ne pas élargir le champ des possibilités offert par cette technologie ? Pourquoi ne pas utiliser la blockchain pour certifier d’autres choses ? Pourquoi des administrations ne pourraient-elles pas trouver utile de conserver un cadastre ou des états civils sur un tel réseau ? Pourquoi ne pourrait-on pas conserver des actes notariés sur une blockchain ?

Plus que de simples données, une blockchain ne pourrait-elle pas non plus héberger des contrats ou des transactions conditionnelles qu’elle déclencherait d’elle-même ? Une blockchain ne pourrait-elle pas servir de support à des applications informatiques ?

Ethereum, la blockchain universelle

Depuis quelques temps, on en est là. Parmi les centaines de crypto-monnaies (ou apparenté) apparues ces derniers mois, il y a des projets de monnaies globales cousines plus ou moins éloignées du bitcoin, de nombreux projets de monnaies dédiées à des champs d’application ou à des services bien délimités (échanges bancaires, création musicale, réseaux sociaux, hébergement de données…), mais il y a aussi des projets ambitieux qui doivent servir à… ce que décideront d’en faire leurs utilisateurs.

C’est le cas d’Ethereum, la crypto-monnaie lancée en 2015 par un génie russo-canadien de même pas 25 ans, Vitalik Buterin, et qui est solidement accroché à la seconde place du crypto-marché. Ethereum est un projet multi-facettes qu’on peut voir comme une plate-forme dont des tiers utiliseront les fonctionnalités et les capacités pour mettre au point les applications qu’ils souhaitent.

Il peut servir à certifier l’accomplissement de smart contracts (contrats intelligents), c’est à dire de transactions sur un modèle IFTTT (‘If that, then that » ou « si cela, alors ça »…). Il peut servir aussi de support au fonctionnement de DAPPS (applications décentralisées) écrites par des gens ayant des idées de logiciels qui gagneraient à fonctionner dans l’environnement sûr et décentralisé de la blockchain.

Plus concrètement, Ethereum peut par exemple porter de nombreuses applications d’échanges, de prêts, de jeux ou de paris en ligne. On peut aussi imaginer que scrutins ou votes effectués avec le concours de la blockchain rangeraient le bon vieux bourrage d’urnes au  rayon des vestiges du passé. C’est parce qu’Ethereum est un système (relativement) ouvert avec lequel on pourra effectuer toutes sortes de choses qu’on le compare parfois à un grand ordinateur mondial.

Ethereum dispose des ses propres pièces de monnaies électroniques, les ethers, du fait que son utilisation aura un coût dont il faudra s’acquitter, en ethers justement. Le bitcoin a sa valeur indexée sur la confiance qu’on a dans la possibilité qu’il devienne une monnaie de plus en plus utilisée (et que donc sa demande augmente). L’ether, lui, monte ou descend selon qu’on pense que le système Ethereum aura du succès ou pas. Si demain Vitalik Buterin rencontre Jeff Bezos et qu’Amazon annonce un projet en lien avec Ethereum, achetez vite des ethers !

La blockchain, aussi révolutionnaire qu’imparfaite

Voici le moment où l’on va reposer un peu les pieds sur terre. Comme le dit souvent Andreas Antonopoulos, avec les crypto-monnaies et la technologie de la blockchain c’est un nouvel internet de l’argent et de la confiance qui arrive. Sauf qu’il ajoute toujours ensuite qu’on n’en est qu’au tout début, au milieu des années 90, l’époque glorieuse des modems téléphoniques bruyants et des premiers mp3.

Et pour cause… Ce que nous ne vous avons pas dit à propos de nos merveilleuses blockchains, c’est qu’aussi révolutionnaires soient-elles par certains aspects, elles sont extrêmement limitées par d’autres, notamment dans leurs scalabilités. C’est à dire que leurs réseaux respectifs ne sont plus assez performants pour ce qui est des vitesses auxquelles ils traitent transactions et opérations diverses. Cette incapacité à répondre à la demande utilisateurs se fait particulièrement ressentir depuis que les crypto-monnaies sont à la mode et que leur nombre d’adeptes s’est fortement accru (réseaux saturés, nécessiter de payer cher ses transactions pour qu’elles passent…).

Le bitcoin traite de 3 à 7 transactions par seconde, on est très loin de la puissance du réseau VISA (jusqu’à 50000), et encore plus de celle d’un prétendant au titre de premier système monétaire global. Ethereum supporte entre 10 et 15 transactions par seconde, mais en plus de cette scalabilité encore insuffisante, l’ordinateur-monde qu’il projette d’être a à peine la puissance d’une vieille calculatrice en cadeau dans une boîte de Nesquick il y a trente ans…

Nous allons peut-être trop loin dans notre caricature, mais l’idée est bien là que les défis techniques à relever sont encore énormes. D’autant plus qu’un problème comme celui de la scalabilité est structurel au mécanisme de la blockchain, qui est un dispositif lourd dont on ne peut modifier facilement certains paramètres sans devoir procéder à des mises-à-jour générales compliquées, et risquer de compromettre certains délicats équilibres de fonctionnement.

Revenons au bitcoin, à sa blockchain, et à ses blocs. Sa limitation vient du fait que comme nous l’avons vu, il se crée un nouveau bloc toutes les 10 minutes, et que ce bloc est limité en taille à 1Mo. On pourrait penser qu’afin de traiter plus de transactions, on n’aurait qu’à accélérer la création des blocs (disons toutes les 5 minutes…) ou augmenter leur taille. Si l’augmentation de taille a eu et a ses supporters (ce qui aboutira, avec la création de Bitcoin Cash, à une séparation au sein de la communauté bitcoin), le consensus majoritaire est que ces changements éventuels sont trop lourds à mettre en oeuvre, et ont en outre des conséquences sur le fonctionnement du réseau que ne justifient pas les gains de performance.

En effet, changer le temps de création des blocs bouleverserait le minage et la création monétaire, diminuerait partiellement la sécurité du réseau… Cela reviendrait à modifier trop de paramètres fondamentaux du bitcoin, et c’est tabou ! Quant à elle, l’augmentation de taille rendrait la diffusion des blocs dans le réseau plus longues et leur traitement plus difficile, ce qui entrainerait des risques de centralisation du réseau de mineur. Comme en plus, les gains de performance serait par des facteurs deux, cinq, ou dix, alors qu’il faudrait préparer une scalabilité cent ou mille fois meilleure, ces solutions immédiates sont majoritairement considérée comme de « fausses bonnes idées ».

Et donc le problème reste entier, l’adaptation des blockchains à leur succès est un vrai casse-tête sur lequel transpire un paquet d’ingénieurs et développeurs. La bonne nouvelle, du moins concernant le bitcoin, est que la solution est en vue avec le Lightning Network qui est en très bonne voie. Mais en l’état, il faut reconnaître qu’une blockchain publique dans un réseau mondial ouvert est un gros bébé peu flexible, aux capacités limitées, et sujet à de sérieux problèmes de croissance. Avis donc à tous les développeurs informatiques, il y a surement des débouchés intéressants dans le secteur…

 

 

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