Le bitcoin à l’Assemblée Nationale : du cauchemar au rêve…

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Le 13 mars dernier, le bitcoin est les « cryptoactifs » en général (nouveau noms des crypto-monnaies qu’on trouve de plus en plus) ont été les objets d’une audition à l’Assemblée Nationale française devant la commission des finances dans le cadre de la mission d’information sur les cryptomonnaies.




Bitcoin.fr en a relayé deux heures d’exposés et de questions-réponses entre des députés et des intervenants extérieurs, deux heures pour deux parties distinctes très contrastées.

D’abord la parole à la Banque de France

La première, disons le carrément, est assez cauchemardesque. On peut y entendre deux bureaucrates sévissant à (ou dans l’orbite de…) la Banque de France, et dès lors, vous vous doutez bien que la Banque de France qui parle des cryptos, c’est comme des nones faisant un exposé sur le plaisir de la chair.

Par soucis de justice, on ne mettra pas les deux intervenantes dans le même sac. La seconde, Valérie Beaudemoulin, reste relativement neutre sur des questions plutôt techniques qu’elle maitrise bien. Par contre la première, Emmanuelle Assouan, qu’on a déjà pu voir s’exprimer sur le sujet à quelques reprises, est toujours aussi brouillonne, très moyennement compétente, et surtout d’une agaçante mauvaise foi.

Ma chère Emma, pour info les frais de transactions vont aux mineurs qui créeront le bloc contenant cette transaction. Le temps de validation ne dépend pas de « l’étendue du réseau ». Et justement, si on payait 35$ une transaction en décembre 2017, au moins on avait l’assurance qu’elle passerait vite. Voilà, ça c’est pour quelques uns des éléments factuellement faux ou scabreux des dix premières minutes de ton intervention.

Valérie Beaudemoulin et Emmanuelle Assouan pour la Banque de France

Vade Retro bureaucratas !

Globalement sur son intervention, même pour quelqu’un voulant mettre en garde contre le bitcoin en soulignant à quel point il est porteur d’incertitude et peu fiable, c’est juste malhonnête de le décrire par les performances qu’il affichait quand son réseau était saturé (en raison de son succès). C’est malhonnête aussi, lorsqu’on brosse un tableau du bitcoin, d’omettre totalement l’implémentation en cours du Lightning Network, qui va le changer en profondeur et lui donner à terme la possibilité de bien meilleures performances.

Tout venant de cette dame est complètement à charge. Elle nous assène sans aucune nuance et avec des exemples soigneusement cherry-pickés tout le catalogue des risques et des méfaits supposés des cryptoactifs, financement du terrorisme, menace écologique, dangers pour les investisseurs… Il manque juste que le bitcoin mange les enfants. Quand on voit ça, et qu’on connait un minimum le sujet, on ne peut être que consterné par le niveau. On peut être défavorable aux cryptoactifs, nous-même le sommes à certains égards, mais là c’est too much et mesquin..

D’ailleurs comme on est sympa, on va vous donner un truc permettant d’identifier immédiatement qu’on a à faire à des incompétents parlant des cryptomonnaies. C’est la pirouette du « mais on n’est pas contre la blockchain ».

Ce truc, c’est le test de Voight-Kampff pour reconnaître les réplicants bêtement et outrageusement anti-bitcoin (ou anti-cryptos) pour deux raisons.

D’une parce que ce n’est qu’une posture. En général les personnes coupables chargent la mule au maximum mais à la fin, histoire d’apparaître ouvert « au progrès » (et parce qu’ils ont retenu de leurs fiches que ce machin qu’est la « blockchain » auquel ils n’ont rien compris est quand pas mal…), ils assurent la main sur le coeur « mais attention… nous ne sommes pas contre la blockchain qui est une idée intéressante ».

Deux, parce qu’en caricaturant à peine, ce n’est tout simplement pas logique. En effet, la blockchain n’a d’intérêt et de vraie grandeur que dans un système totalement ouvert, décentralisé et sans censure comme c’est le cas avec le bitcoin (les blockchains privées ou fermées, on s’en fout, elles ne sont pas intéressantes). En d’autres termes, dire que la blockchain est géniale alors qu’on vient en général de critiquer durement la seule utilisation dans laquelle elle est géniale, et bien ce n’est pas cohérent…

Bien-sûr, nos deux intervenantes ratent ici ce test. Bruno Lemaire et beaucoup de politiques s’y vautrent à répétition.

Bref, vous avez bien compris que vous pouvez vous épargner la première heure de cette vidéo. Cependant, vous devriez faire l’effort de regarder la seconde, c’est tout à fait autre chose…

Puis la parole à des gens sérieux…

Disons-le tout de suite Yves Choueifaty est un grand homme !

Cette seconde partie voit donc intervenir Quentin de Beauchesne, jeune activiste et entrepreneur bitcoin, et surtout Yves Choueifaty, dirigeant de Tobam, un fond pionnier de l’investissement dans les cryptomonnaies. Ici, terminées la frilosité bureaucratique et la diabolisation, place à la connaissance, à la hauteur de vue, et à l’ambition !

Quentin de Beauchesne et Yves Choueifaty lors de l'audition cryptoactifs à l'Assemblée Nationale

Puissent nos gouvernants vous entendre !

Aspects macro-économiques, questions techniques, problèmes pratiques, vision de l’avenir, ces deux personnes répondent intelligemment à tout, en s’autorisant même quelques tacles soutenus à leurs prédécesseurs, comme par exemple quand, à propos des « activités occultes » liées aux cryptomonnaies, M. Choueifaty lache « pour l’instant elles sont financées majoritairement en dollars et en euros, et personne n’a eu l’idée de demander leurs interdictions (…) les décisions faciles c’est aussi ce qu’on appelle de la démagogie ». Et vlan !

Un à un, ils déminent les sujets abordés, précisent et rectifient de nombreux points, avec deux grandes idées directrices.
– Un nouvel internet de la valeur se met en place et se développe sous nos yeux, il faut l’accompagner plutôt que le diaboliser.
– la France se doit d’être, et a les moyens d’être, aux premières loges.

Ce dernier point est très important. Dans la dernière partie de leurs interventions messieurs Beauchesne et Choueifaty mentionnent  à de nombreuses reprises ce qui se fait hors de nos frontières, crypto-dynamisme en Asie, mesures favorisant l’investissement ici ou là, etc. Ils soulignent ensuite les atouts que peut faire valoir la France dans le domaine, start-up en pointe comme Ledger, excellence de sa formation en mathématiques (…). Avant de conclure logiquement qu’on aurait beaucoup à gagner à embrasser ce nouvel internet tant qu’il est temps.

Et oui, on ne peut pas rêver de voir naître des « Google français » dans des discours à la nation, puis fermer la porte quand le contexte s’y prête parce qu’on aura écouté, entre autres, Emmanuel Assouan et la Banque de France…

Verdict ces prochains mois…

Même si nous sommes évidemment biaisés, il n’y a pas photos entre les deux parties de la séance. N’importe qui ayant un intérêt dans le sujet et regardant cette longue vidéo sera captivé par la seconde partie après avoir ronflé lors de la première. Idem surement pour les parlementaires qui y ont assistés. Mais que décideront ceux qui nous gouvernent ? Vers quelle voie choisiront-ils d’orienter le pays ?

Vous allez assister à une grande première. Pour la première fois de sa vie, l’auteur de ces lignes va dire du bien d’un député LREM, en l’occurrence de Pierre Person, le rapporteur de la mission d’information cryptomonnaies. Le jeune député de Paris, en plus d’avoir apparemment piqué sa circonscription à Cécile Duflot, semble bien connaître son dossier et montre une attitude plutôt bienveillante vis à vis des cryptoactifs. On espère donc que son travail portera ses fruits et qu’il pourra contribuer à de futurs décisions gouvernementales intelligentes et favorables.

D’après ce qu’on entend ou lit dans les journaux, et malgré des auditions comme celles-ci, c’est manifestement très loin d’être joué. Il va probablement falloir passer sur le corps des croulants de la Banque de France et d’ailleurs, alors bonne chance !

MAJ : Les cryptoactifs à l’Assemblée, ça continue !

Pour les insomniaques où ceux qui bossent dur afin de s’y retrouver un peu dans les cryptos, et on vous certifie que pour y comprendre quelque chose vous n’y couperez pas, vous allez devoir travailler un minimum, voici une autre vidéo d’échange devant la même commission de l’Assemblée.

Cette fois on y retrouve notamment notre pote cryptophile Yorick de Mombynes avec sa parole presque lyrique sur la révolution qui vient peut-être avec les crypto-monnaies.

 

 

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