Les freins à l’adoption du Bitcoin (par ma belle-mère…)

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En introduction de ce billet, nous allons poser deux pré-requis :
– Le Bitcoin retrouvera la forme au fur et à mesure qu’une nouvelle vague d’adoption populaire se mettra en place.
– On saura que ce processus est enclenché quand ma belle-mère en possèdera.
Dès lors, nous allons repartir à zéro et nous demander pourquoi on en est encore très loin…



 

1- Ma belle-mère n’a toujours pas compris ce qu’est le Bitcoin

Avec le bon sens qui la caractérise, Belle Maman ne va pas mettre ses sous dans quelque chose qu’elle ne comprend pas. Et manque de chance, on n’arrête pas de le dire, le Bitcoin est une chose difficile à assimiler au début. Il suffit de voir la tête des gens quand on leur explique que « si si, c’est super cool, c’est un système d’échange de valeur électronique, décentralisé et sans censure ».
En général on se retrouve face à des moues poliment sceptiques qui nous répondent « ça me fait une belle jambe ton truc… », ce qui nous force à nous engager dans un long et profond travail pédagogique.

Après avoir mis en valeur l’intérêt du système (en insistant bien sur la corde sensible de se passer en partie du système bancaire et financier classique…), il faudra accomplir la prouesse d’expliquer certains aspects techniques qui rendent le Bitcoin intéressant. Puis il faudra encore faire comprendre comment il a fini par acquérir une valeur échangeable en espèces sonnantes et trébuchantes, sujet susceptible de nous faire remonter au plus profond de nos faibles connaissances des aspects théoriques et de la nature de la monnaie…

Bref, on n’est pas sorti des ronces, tout cela va nécessiter du temps…

2- Le Bitcoin n’est toujours pas assez user friendly

Une fois que Belle-Maman s’estimera suffisamment au courant, on en arrivera à la pratique, et là aussi c’est compliqué. Il y a tellement de choix possibles, de bonnes pratiques à adopter, de consignes de sécurité à respecter, qu’au début un débutant en crypto-monnaie doit être accompagné par quelqu’un qui s’y connait un minimum. De plus, même s’il est intrinsèquement beaucoup plus facile de devenir utilisateur de bitcoin que d’ouvrir un compte dans une vraie banque, l’opération, qui nous plonge dans des choses à la fois techniques et nouvelles, a de quoi rebuter.

Il va donc falloir coacher votre belle-mère, et ce de manière presque autoritaire.

À moins de vouloir lui provoquer des bouffés de chaleur, allez-vous, à chaque étape, tout lui expliquer et lui donner le choix « alors Belle Maman, dites-moi, d’après ce que je viens de vous dire, voulez-vous un hot-wallet, un hardware-wallet, ou bien opteriez-vous directement pour du cold-storage ? ». Non, pas du tout. Comme vous l’adorez et détesteriez profiter de la situation, vous allez naturellement aller au plus simple.

Les nouveaux Ledger Nano S colorés !

Ne sont-ils pas mignons les nouveaux Ledger Nano S colorés ou transparents ?

Vous allez donc lui installer un petit dispositif pratique avec, par exemple, un chouette petit Ledger Nano S (chic, il y en a des nouveaux de toutes les couleurs !) et les applis associées. Vous lui expliquerez ensuite que la grande suite de caractères bizarre (par exemple 3Q7No47AXeVuzsXb5Y4k8qiaAyQt62eXou) est en quelques sortes son RIB Bitcoin, puis lui montrer comment on fait une transaction. Juste le minimum indispensable en fait.

Mais même cela, toutes ces petites séances d’apprentissage afin de propager les bonnes pratiques de base du Bitcoin à toutes les belles-mères, va nécessiter beaucoup de temps.

Vous rappelez-vous quand jadis, à la pointe du progrès que vous étiez, vous avez installé internet aux membres de votre famille et les avez aidés à envoyer leurs premiers emails ? C’est le même processus qui doit avoir lieu ici, processus qui en l’occurrence avait pris des mois.

3- Le Bitcoin, de longs chantiers en cours…

Pour le grand public, le Bitcoin n’a pas encore convaincu de son utilité pratique et reste donc avant tout quelque chose de purement spéculatif en plus de demeurer plutôt sulfureux. Si on devait extraire les idées dominantes véhiculées par les grands  médias à son sujet, on retrouverait avant tout les éléments suivants. Au début, c’était un truc de geek ou de criminels, dont on ne parlait qu’à l’occasion de certains scandales (MtGox…). Ensuite, le Bitcoin est devenu l’épicentre de la grande bulle spéculative « crypto ». Puis aujourd’hui, vu que le Bitcoin est en baisse depuis un an, on ne va pas vous faire un dessin…

Ces idées diffusées majoritairement dans le grand public ne donnent assurément pas envie à Belle Maman de s’engager.

Cependant, elles ne reflètent pas une réalité plus complexe qui est qu’en marge de ces tonalités négatives, mine de rien, le bitcoin progresse à tous les points de vue (sauf celui de son prix….). Cette progression, passionnante à suivre, et qui touche tout le monde, aussi bien l’écosystème du Bitcoin et le grand public d’utilisateurs potentiels, que les pouvoirs politiques et administratifs en place, se poursuit principalement sur trois grands axes : le politico-administratif, le technique, et le populaire.

Trouver sa place en société

Sur le premier, celui de l’intégration administrative et légale, le travail est bien avancé. On pourrait même dire que dans le domaine le Bitcoin a progressé à pas de géant. À l’automne 2017, il y a un peu plus d’un an, on était en effet encore dans le Far-West pour tout ce qui touche à sa réglementation. Sa mise « hors la loi » restait même théoriquement du domaine du possible. Mais aujourd’hui, de ce point de vue, on peut considérer que les choses se mettent en place sans « casse ».

L’administration US a donné le La en considérant quasi-officiellement le Bitcoin comme une « commodité », c’est à dire un bien meuble ou une marchandise (attention, on précise au passage que la plupart des autres cryptomonnaies sont elles vues comme des actifs financiers…) et on s’achemine très probablement vers une issue de ce type dans nos contrées. Ainsi, même s’il est appréhendé avec quelques différences dans tel ou tel pays européen, le Bitcoin sera à coup sûr « accepté » avec un statut en bonne et due forme.

Pour ce qui est de la fiscalité, les règlementations se mettent également en place. Les choses sont encore susceptibles d’évoluer mais on peut estimer que les cryptos-actifs vont avoir un traitement « neutre », ni incitatif, ni pénalisant, assez similaire à d’autres types d’actifs pouvant générer bénéfices et plus-values.

Bref, les administrations ont travaillé, et aujourd’hui le bitcoin est en passe d’être définitivement reconnu. Et dans tous les cas, l’idée sulfureuse d’une « monnaie électronique semi-clandestine du côté obscur » n’a absolument plus lieu d’être.

Mieux fonctionner

L’aspect technique des choses concerne évidemment la mise au point et en place progressive du Lightning Network, cette « nouvelle couche » du réseau qui doit assurer au Bitcoin une scalabilité virtuellement infinie. On ne va pas reprendre ici tout ce problème de scalabilité. Rappelons juste qu’il y a un an, fin 2017, le prix du Bitcoin flambait autant que son réseau saturait (en d’autres terme, le Bitcoin n’enregistrait pas assez vite les transactions, bref, il ne marchait pas), et que le Lightning Network est la solution au problème. Et bien à ce propos justement, le réseau Lightning progresse lentement mais surement.

Représentation du Lightning Network du Bitcoin

La mise en place est lente parce qu’on est dans un domaine très pointu n’offrant quasiment aucune marge d’erreur (des erreurs, bugs ou failles étant synonymes de pertes d’argent pour les utilisateurs…). Mais on peut néanmoins considérer que cette progression est quand-même satisfaisante, car justement tout se passe bien sans erreurs. Ainsi le sur-réseau Lightning s’agrandit toujours plus. Le hardware adapté commence à apparaître (une node Lightning Network est disponible pour le grand public chez Casa pour 300$), la même chose pour le software Bitcoin compatible Lightning (wallets, etc.). Là encore, il faut du temps afin que les choses se propagent et se mettent en place. Cependant si tout se passe bien, le Bitcoin fonctionnera bien mieux lors de sa prochaine flambée…

Être utile pour être utilisé

En aval de tout cela, se trouve le dernier axe de progression sur lequel le bitcoin doit gagner du terrain, celui de son utilité en fin de chaîne pour le public. Concrètement, il faut pouvoir dépenser ses bitcoins, que le commerce avec lui se développe. On touche là un grand débat concernant cette monnaie, celui de savoir si elle est vraiment le système de cash électronique qu’elle est sensée être, ou plutôt une réserve de valeur.

A notre sens elle est les deux, tout dépend du contexte. Jusqu’à présent, le Bitcoin a surtout été un placement. Et ce d’autant qu’en plus son réseau était lent et les opportunités de dépenses trop peu nombreuses. Dans le futur qu’on imagine et espère de nos voeux, une fois qu’il sera remonté et qu’il aura été plus largement adopté, l’activité économique et commerciales autour de lui se développera forcément.

Quoi qu’il en soit, là encore, il faudra du temps pour que le potentiel commercial du Bitcoin se développe. Du temps pour que de plus en plus de business, de la boulangerie du coin, séduite par le paiement instantané et virtuellement sans frais permis par le Lightning Network, à n’importe quel site internet marchand, pour lesquels les outils de gestion de paiement (compatibles WordPress, etc.) existent, se lancent dans son acceptation. Et du temps aussi pour que parallèlement à cela, chacun montre à sa belle-mère qu’un paiement en bitcoin c’est sympa, c’est pratique et que ça marche !

4- Tout s’écroule, il est urgent d’attendre !

Maintenant que votre belle-mère a à peu près compris ce qu’est le Bitcoin, qu’elle sait parfaitement lancer et déverrouiller sa petite appli Ledger sur son navigateur Chrome, et qu’elle est convaincue que la crypto-monnaie reine trouvera son utilité, il reste un frein à son adoption, un frein conjoncturel mais de taille, à savoir des cours en chute libre.

En effet, tous les freins que nous venons d’évoquer ont été (et sont toujours…) de nature à restreindre l’adoption du Bitcoin alors même que son cour grimpait. Alors si en plus celui-ci est en tendance baissière lourde, Belle Maman et son légendaire bon sens vont vite conclure qu’il est urgent d’attendre. D’attendre le bon moment. Car si on pense, comme nous, que le Bitcoin repartira, « le plus bas on l’adoptera, meilleur l’investissement sera » (dixit Yoda).

Et c’est pour quand ? On ne sait pas. À chacun de se tenir au courant, de suivre ses analystes compétents favoris. De notre côté, nous pensons qu’on est dans un scenario de long cycle évoqué ici. Il va probablement falloir attendre un certain nombre de mois.

Conclusion : du temps, encore du temps…

La grande leçon à retenir de 2017 est que le Bitcoin a flambé trop tôt. En dehors de certains milieux le public n’était pas prêt à l’adopter, et lui-même n’était pas prêt à soutenir une large adoption. D’où la bulle qui n’en finit pas d’éclater avant que le Bitcoin puisse repartir sur des fondations plus saines et solides.

Les mois de chute ou de stagnation auxquels on s’attend encore sont donc nécessaires pour que les choses se mettent en place autour du Bitcoin et des crypto-monnaies en général (notamment dans le sens d’un assainissement d’un milieu plein de faux-semblants et d’arnaques). Les différents chantiers que nous avons évoqués avancent mais il faut encore du temps, du temps pour faire connaître le Bitcoin et le comprendre, du temps pour apprendre à l’utiliser, etc. Et avec un peu de chance, il pourrait profiter à moyen terme d’un meilleur alignement des planètes propice à un nouveau décollage associé à une adoption massive.

Donc on ne relâche pas nos efforts auprès de nos belles-mères. Sauf qu’on n’adopte pas tout de suite. On fait preuve de patiente et on se tient prêt à le faire…

PS: Aucune belle-mère n’a été maltraitée lors de l’écriture de ce billet.

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